Transparence

Dernière mise à jour: 2020/12/02

Introduction

Que ce soit avec nos collaborateurs ou nos clients, la valeur la plus importante à nos yeux est, de loin, la transparence. Nous n’avons rien à cacher, car bien que ne nous soyons pas parfaits, nous nous efforçons de bien faire les choses et ce, dans tous les aspects de notre entreprise. Nous offrons donc dans cette section Transparence un maximum d’informations sur notre entreprise, notre philosophie et nos pratiques, mais aussi des explications étoffées pour justifier nos prix et nos décisions. Il s’agit d’une pratique assez rare pour une entreprise de se livrer à un semblable dénudement, mais nous avons la conviction que c’est devenu une nécessité aujourd’hui. Nous sommes d’ailleurs tout à fait ouverts aux suggestions et aux réactions par rapport à nos décisions et pratiques.

Toute décision d’affaires, de conception et de production est multidimensionnelle, complexe et sujette à débats. Que ce soit pour la culture de l’asclépiade, le choix des matériaux ou les décisions logistiques, notre optique est de considérer toute situation d'un point de vue global, en examinant le cycle de vie complet et ses impacts, tout en comparant les différentes options possibles. Il s’agit probablement de la meilleure façon d’optimiser les différents aspects de notre entreprise, d’éviter de simplement transférer ses impacts ailleurs et s’engager sur le chemin du réel progrès de façon durable.

Nous avons fait pour l’instant certains choix d'entreprise qui ne correspondent pas toujours à notre idéal de responsabilité environnementale et nous comptons bien être authentiques là-dedans. Ce document est public pour que tous nos clients puissent suivre et même questionner notre réflexion sur les différents sujets abordés dans un esprit d’honnêteté et d’amélioration continue.




Gabriel examinant des sacs d'asclépiade au Québec

Relations avec les partenaires

Un fait indéniable peut résumer l’essence de Lasclay: nous sommes des passionnés de l’asclépiade et de son rôle primordial dans l’équilibre fragile de notre écosystème nordique. La raison pour laquelle nous mettons l’asclépiade de l’avant n’est pas l’opportunisme ou un désir de nous accoler une identité “verte”, mais bien en raison d’un respect profond pour cette plante si précieuse et complexe.

Cette authenticité se transpose directement dans nos relations avec nos collaborateurs. Nous visitons nos cultivateurs d’asclépiade pour échanger avec eux; ils ont tellement à nous apprendre. On se fait donc un devoir de leur partager un maximum d’informations, spécialement sur ce que nos clients désirent et attendent d’un point de vue responsabilité environnementale. Cet esprit de collaboration permet aux deux parties d’avancer conjointement.

Nous rejetons totalement les mentalités amenant à protéger exagérément les idées et à vivre dans la peur de «se les faire voler». Que se passera-t-il, concrètement, si quelqu’un vole notre idée de faire des produits à base d’asclépiade? Premièrement, il faut dire avec modestie que nous ne sommes pas les premiers à vouloir utiliser l’asclépiade et nous n’espérons pas être les derniers. Si le matériau devient plus populaire, il faudra en produire davantage, ce qui bénéficiera directement à la survie des papillons monarques qui en dépendent pour leur reproduction, ainsi qu’aux divers animaux qui souffrent dans le processus de production d’isolants moins responsables comme le duvet ou les synthétiques. Tout simplement.

Dans cette aventure, nous adoptons une attitude altruiste et mettons donc de côté notre intérêt personnel. Notre mission est plus grande: démocratiser l’asclépiade en tant qu’isolant et ainsi contribuer à un futur plus responsable et éthique dans l’industrie de la mode hivernale.




Récolte d'asclépiade au Québec

Culture et récolte d'asclépiade

Dans le monde de la culture de l’asclépiade, il existe principalement 2 grandes méthodes de production, ayant chacune leurs variantes:

  1. La culture artisanale, de petite échelle, avec récolte et extraction manuelles
  2. La culture industrielle, de grande échelle, avec récolte et extraction mécanisées

La culture artisanale est évidemment plus élégante et douce envers la nature. Généralement, les cultivateurs artisanaux essaieront de reproduire l’écosystème naturel de l’asclépiade, en l’entourant d’autres plantes indigènes, par exemple. Cette façon de cultiver a des bénéfices pour les pollinisateurs et atténue l’effet « monoculture ». Autant que possible, les cultivateurs artisanaux feront les tâches agricoles à la main ou avec des outils mécaniques non-motorisés, incluant le désherbage printanier nécessaire à une implantation dominante de l’asclépiade. Cela a de nombreux avantages, notamment pour les impacts moindres sur les insectes. Il va donc sans dire que notre idéal philosophique serait de faire affaire uniquement avec des producteurs artisanaux.

Cependant, cela comporte d’importants défis. Puisque notre première mission est de démocratiser l’usage de l’asclépiade afin de remplacer des isolants problématiques comme le duvet et le synthétique/plastique, il importe donc que nos produits soient suffisamment accessibles, compétitifs et abondants. Bien que définitivement plus responsable, l’asclépiade des producteurs artisanaux peut souvent être moins disponible et plus dispendieuse (surtout avec la pandémie et la pénurie actuelle de main d’oeuvre pour la récolte manuelle).

C’est pourquoi nous devons faire affaire avec des cultivateurs industriels pour assurer une continuité dans nos stocks de soie asclépiade. Ceux-ci peuvent nous approvisionner de façon soutenue, avec une constance dans le prix, la qualité et les volumes. Le prix à payer pour ce gain est cependant une augmentation de nos impacts environnementaux. Pas de secret: les cultivateurs industriels récoltent au tracteur (diesel). Au printemps, afin de rapidement désherber les plantes compétitrices, ils utilisent une petite quantité d’herbicide (glyphosate). Nous avons des réserves envers ces pratiques, car nous sommes parfaitement au courant de la nature problématique du glyphosate et des hydrocarbures. Alors, la question qui se pose est: pourquoi une entreprise se voulant éco-responsable comme Lasclay fait affaire avec des cultivateurs industriels? Ne faudrait-il pas être fermement 0 pétrole et 0 herbicide dans toute notre chaîne d’approvisionnement, pour se déclarer responsable? La question qui tue! 

Notre réponse est nuancée et est évidemment sujette à débat.

  1. Pour une très jeune entreprise comme la nôtre, avoir une prévisibilité dans nos coûts de matière première et notre approvisionnement est un avantage très important. Cela permet de faire la chose essentielle que toute entreprise en démarrage se doit de faire: calculer ses coûts et ses profits potentiels pour savoir si le jeu en vaut la chandelle. Il va sans dire que s’il y a une grande incertitude sur la constance des coûts de matière première dans le futur, il est difficile de prendre un risque calculé et de se lancer à fond dans le projet. Faire affaire avec des cultivateurs industriels nous donne cette constance nécessaire pour bien faire germer notre projet.
  2. Sur l’usage d’herbicides. Il faut d’abord clarifier un point: il y a une différence entre un herbicide (pour les plantes) et un pesticide (pour les insectes et ravageurs similaires). Aucun cultivateur d’asclépiade au Québec n’utilise de pesticides, c’est totalement proscrit. Tous les cultivateurs, qu’ils soient artisanaux ou industriels, sont conscients qu’une partie de la demande pour leur produit découle des bénéfices de la culture d’asclépiade pour les papillons monarques. Utiliser des pesticides nuisant aux insectes (incluant les monarques) serait donc improductif et aucun cultivateur d’asclépiade ne le fait, à notre connaissance. Pour ce qui est des herbicides: cela nous dérange réellement que du glyphosate soit utilisé durant le cycle de culture de l’asclépiade, et il est certain que nous préférerions l’éviter. Il y a par contre quelques nuances à apporter sur ce point:
    1. Plusieurs acteurs du milieu de l’asclépiade nous ont mentionné que la Fondation David Suzuki, à l'époque de leur collaboration avec la coopérative Monark, en est venue à la conclusion que l’utilisation de glyphosate était un mal nécessaire pour la sauvegarde des monarques. Puisqu’il est utilisé en petite quantité et seulement au printemps (donc avant que l’asclépiade pousse), il s’agirait d’un compromis acceptable. Pour la survie des monarques, mieux vaut de grandes surfaces d'asclépiade obtenus de cette façon plutôt que quelques cultures bio et colonies sauvages dispersées ici et là. Les plus récentes recherches sur les facteurs influençant les niveaux population des monarques semblent d’ailleurs étayer cette conclusion [Source: Flockhart & al., 2014].
    2. Il faut également regarder cette question d’un point de vue global: soit les impacts de production, distribution et utilisation de nos mitaines d’un bout à l’autre, comparativement à des produits similaires. Tout produit a un cycle de vie qui s’étend de l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie utile et même plus loin (recyclage, compostage, réutilisation, etc.). Le cycle de vie est un principe clé de l’écoconception, telle que définie par Éco-Entreprises Québec. Intervenir pour couper l’utilisation des herbicides et des hydrocarbures est indéniablement un gain à l’étape «matière première». Mais est-ce aussi un gain sur l’ensemble du cycle de vie de nos mitaines et pour nos écosystèmes en général, ou les impacts sont-ils simplement transférés ailleurs? Que ce soit pour les impacts environnementaux ou pour des questions d’éthique (ex: véganisme), les débats sur les meilleurs pratiques sont nombreux, complexes et perdurables: Au niveau de l’impact global, vaut-il mieux que 5% de la population soit 100% végane, ou que 100% des gens diminuent leur consommation de viande et autres produits d'origine animale de 5%? Dans le même esprit: Vaut-il mieux que seulement 200-300 personnes portent nos mitaines d'asclépiade car le prix au détail engendré par une matière première récoltée manuellement est trop élevé pour eux, ou que 10 000 personnes portent des mitaines d'asclépiade un peu moins responsables, mais quand même beaucoup plus écologiques, éthiques et renouvelables que le duvet et le synthétique? Nous penchons plutôt pour la 2e option.
    3. Tout ceci étant maintenant dit et expliqué, cela ne veut pas dire que nos impacts environnementaux actuels sont figés dans le béton et que nous sommes satisfaits avec le statu quo actuel de notre chaîne d'approvisionnement. Dès le début, nous avons tenté d'établir un partenariat avec un cultivateur d'asclépiade industriel bio, n'utilisant aucun herbicide et ayant des pratiques idéales selon nous (cultures intercalaires indigènes, entre autres). Malheureusement, il était aussi apiculteur, et donc pas végane, ce qui compromettait l’obtention de notre certification PeTA-Vegan approved. En plus, il n'avait pas d'asclépiade à nous fournir au détail immédiatement, il fallait passer un contrat d'approvisionnement de 1 tonne avec lui et il aurait fallu au moins 2 ans avant d’obtenir de la soie, soit le temps d’implantation d’un champ d’asclépiade. Hormis ce délai problématique, il faut ajouter également que nous n’en sommes pas à acheter 1 tonne de soie d’asclépiade actuellement. Il aurait fallu pour cela produire 25 000 paires de mitaines. Pour notre première année (2020), nous visons plutôt entre 300 et 2000 paires. Pour faire nos premiers pas et pour nous assurer de livrer notre premier produit à temps selon nos objectifs, le tout dans des volumes permettant de limiter le risque, nous avons collaboré majoritairement avec un fournisseur capable de nous vendre au détail, mais ayant utilisé du Roundup dans ses premières années. Nous lui avons donc demandé s’il était possible à court ou moyen terme d’arrêter complètement l’usage des herbicides dans ses opérations et sa réponse a été rassurante. Sensible à cette question, il a assuré investir beaucoup en recherche et développement afin de se diriger graduellement vers la culture bio, l’intégration de cultures intercalaires et couvre-sol complémentaires à l’asclépiade, qui couperont le besoin pour des traitement d’herbicides printaniers, tout en offrant des habitats plus riches pour les pollinisateurs et en améliorant le rendement. Il a également donné un comparatifs intéressant avec la culture de bleuets: plante rhizomateuse tout comme l’asclépiade, le bleuet nécessite encore aujourd’hui d’être implanté de manière traditionnelle (herbicides) durant ses premières années avant de pouvoir passer au biologique par la suite.

Bref, cette question épineuse est importante pour nous et il nous tient à cœur d’obtenir l’asclépiade la plus responsable possible pour nos produits. Par contre, en bons stratèges, il faut bien bouger nos pions afin d’assurer notre viabilité future en plus de notre responsabilité socio-environnementale. En prenant en compte nos objectifs de croissance et les bénéfices environnementaux que cette croissance implique (moins de demande pour les isolants animaux et pétroliers) nous devons nous assurer de se positionner de manière à faire «d'une pierre deux coups». Il faut miser sur la diminution constante des impacts, mais aussi avoir un fournisseur qui a les outils pour répondre à une très grande demande future à des coûts qui nous permettront de nous développer. Chaque pièce du casse-tête est importante: avec une grande croissance nous plaçant comme un joueur important du marché, nous aurons plus de poids pour influencer nos fournisseurs d’asclépiade vers des pratiques de plus en plus responsables et douces pour l’écosystème.




Couture de l'étiquette Lasclay

Textiles

Critères techniques de départ:

Enveloppe externe 

Imperméable - durable - flexible - beau - respirant - peu absorbant - mince

Doublure (intérieur)

Isolant - durable - ne s’effiloche pas - respirant - confortable - mince

Les choix de matériaux pour nos produits sont le fruit d’une réflexion visant à harmoniser plusieurs besoins, contraintes et considérations éthiques/environnementales. 

Pour commencer, il convient de préciser que la source principale de notre intérêt envers l’asclépiade est qu’il s’agit d’un isolant végétal, en comparaison à la laine ou au duvet qui sont d’origine animale. L’élégance d’utiliser un isolant issu d’une plante, poussant ici-même au Québec depuis des millénaires, nous séduisait et se conformait à nos convictions. C’est un non-sens de faire souffrir des animaux ou d’utiliser du synthétique alors qu’il existe une meilleure alternative végétale et locale. Par le passé, quand la culture de l’asclépiade n’était pas développée, il pouvait être difficile d’identifier la meilleure option entre le synthétique pétrolier et des produits naturels comme la laine ou le duvet. Mais maintenant, avec un produit également naturel et exempt de cruauté animale, le meilleur choix se clarifie.

Les mêmes convictions ont guidé le choix des tissus qui composent nos mitaines. La laine, le duvet, le cuir, le suède, la fourrure sont donc exclus d’office de nos choix potentiels lors de la conception de nos produits. Qu’on soit d’accord ou pas sur la question de l’exploitation animale, et même si certains matériaux comme la laine de mouton sont peut-être techniquement moins problématiques que d’autres, nos convictions s’appliquent de manière égale à tout matériau d’origine animale. Alors, que reste-t-il comme choix de textiles qui seraient en mesure de remplir nos critères? Principalement deux catégories:

Les tissus synthétiques et les tissus naturels d’origine végétale.

Par tissus synthétiques, on entend les textiles plastiques issus de l’exploitation pétrolière, mais également les tissus plus responsables issus du recyclage de déchets plastiques (ex: polyéthylène à partir de bouteille recyclées). 

Par tissus naturels végétaux, on entend à la fois les textiles issus de plantes comme le coton, le chanvre, le lin et les textiles semi-synthétiques bio-sourcés, c’est-à-dire issus de la synthétisation de matières végétales, comme par exemple la viscose de bois, extraite de la cellulose de plantes ligneuses et d’arbres ou encore le PLA (acide polylactique), issu de la polymérisation des sucres du maïs.

Actuellement, notre choix de tissus pour notre premier produit s’est dirigé vers le synthétique. Hormis leur rembourrage constitué à 100% de d’asclépiade, nos mitaines sont en effet actuellement composées de polyester, à la fois pour l’extérieur et la doublure. Nous savons bien que ce choix rendra certaines personnes perplexes: pourquoi mettre l’accent sur l’asclépiade, un isolant végétal, renouvelable et éthique alors qu’on l’enveloppe par la suite dans des tissus synthétiques obtenus à partir des hydrocarbures non-renouvelables? Les motifs derrière cette décision sont complexes et soigneusement réfléchis. Elle a principalement été guidée par les critères de performance nécessaires à nos produits de même qu’aux possibilités actuelles dans le domaine du textile.

La réputation des tissus synthétiques n’est plus à faire en ce qui a trait à la respirabilité, la légèreté, l’imperméabilité, la rapidité de séchage, la durabilité et les possibilités de mise en forme, le tout de manière très accessible partout sur la planète. Même si les tissus synthétiques sont souvent fabriqués en Chine aujourd’hui, il est facile d’en trouver en bonne quantité et variété d’un fournisseur local, comme par chez exemple Tonitex inc. à Montréal, l’entreprise familiale québécoise où nous avons acheté les tissus pour la production de notre premier produit. Certains des tissus de Tonitex sont même fabriqués au Québec, ce qui est devenu très rare. C’est d’ailleurs le cas de la doublure en polyester brossé de nos mitaines, tissée par Rentex Mills à St-Jean-Sur-Richelieu. En résumé, les textiles synthétiques sont les plus disponibles/abondants et ce, dans une grande variété permettant de jouer dans le fin détail lors du design de nos produits. Par contre, le grand désavantage des textiles synthétiques est bien sûr leur origine pétrolière intrinsèquement problématique au niveau des impacts environnementaux à l’étape de l’extraction des matières premières.

Il est donc évident que notre préférence idéale se situe au niveau des tissus naturels ou d’origine végétale. Et éloignons-nous tout de suite de l’excuse classique: ce n’est parce que c’est « plus cher » que nous ne sommes pas allés vers les tissus naturels pour l’instant. Nous sommes tout à fait prêts à payer davantage pour des matériaux plus responsables et nous sommes convaincus que cela est aussi le cas pour nos clients. Donc, si ce n’est pas une question de prix, pourquoi alors choisissons-nous du synthétique plutôt que du naturel?

Il s’agit surtout d’une question de disponibilité. Les textiles végétaux bien connus se résument généralement aux catégories suivantes:

  • Le coton
  • Les fibres libériennes (chanvre, lin, jute)
  • La viscose de bois (ex: bambou)

Instinctivement, tous préfèreront entendre qu’un produit est fait de ces matériaux plutôt que de synthétique. Chanvre sonne mieux que nylon, coton sonne mieux que polyester, et ainsi de suite. Pourtant, chacun de ces matériaux a d’importants inconvénients, que ce soit d’un point de vue commercial, technique ou environnemental (même en étant d’origine végétale).

Voici, ci-dessous, notre analyse de ces catégories de textiles naturels, étudiées en fonction de leur inclusion potentielle dans l’une ou l’autre des composantes de nos produits

Coton

Le coton a des propriétés peu désirables pour des vêtements d’hiver. Il absorbe beaucoup l’humidité (sueur) et ne sèche pas très vite. Une fois humide ou mouillé, il respire moins et perd ses propriétés isolantes. Dans un contexte urbain avec des sorties courtes, le coton peut très bien faire l’affaire comme doublure ou sous-couche, mais pas vraiment dans un contexte de plein air. Or, nous désirions justement offrir des mitaines hybrides, jolies pour une promenade en ville mais assez performantes pour une randonnée en raquettes. Nous avons considéré utiliser de la flanelle de coton pour notre doublure (intérieur de la mitaine), mais y avons finalement renoncé en raison de ses performances hivernales mitigées, mais aussi pour deux autres raisons:

  1. La doublure s’effilochait facilement et était peu durable.
  2. Son caractère écologique très surestimé. 

En effet, la culture du coton, dont est issue environ 50% de la production mondiale de textile, a des impacts très néfastes sur l’environnement et la santé humaine, d’un bout à l’autre de sa chaîne de production et de transformation. Selon diverses sources, il est estimé que jusqu’à 20 000 litres d’eau seraient nécessaire pour produire un kilo de coton, soit l’équivalent d’un t-shirt ou d’une paire de jeans. Sans compter la quantité importante de pesticides utilisée dans les plantations classiques (non-bio), qui est désignée comme la cause principales de dizaines de milliers de cancers chez les ouvriers agricoles impliqués dans sa production. Évidemment, le coton biologique existe pour amoindir ces impacts néfastes, mais il n’est pas nécessairement répandu au Québec ni très facile à obtenir avec les certifications qui s’imposent.

Viscose de bois

La viscose est une fibre semi-synthétique obtenue à partir de la cellulose, un matériau végétal qu’on retrouve en abondance dans la pulpe de bois et dans certaines graminées comme le bambou. On imagine souvent les draps ou les serviettes de bambou comme un produit direct des fibres de la plante, mais la plupart des tissus dits “de bambou” sont en fait obtenus à partir de sa viscose, extraite au terme d’un procédé chimique. Plusieurs mises en forme sont possibles avec la viscose, dont des textiles semblables à la flanelle ou au velours. Au point de vue du toucher et du confort, nous avons considéré utiliser la viscose pour la doublure de nos mitaines, mais y avons renoncé suite aux réflexions ci-dessous.

D’abord, la viscose absorbe encore plus l’humidité que le coton (environ 3x). Effectivement, chacune de ses fibres est tapissée de nano-pores. Ainsi, contrairement aux matériaux purement synthétiques (plastiques), la viscose attire l’eau à pénétrer ces nano-pores, humectant ainsi la structure interne de la fibre. Ces pores rendent également la viscose très respirante, en faisant une fibre très confortable, particulièrement adaptée pour les climats plus chauds, les vêtements de sport ou les sous-vêtements. Cette fibre respirante et absorbante est excellente pour les usages nommés précédemment, mais pas nécessairement pour une doublure isolante d’accessoires hivernaux.

Ensuite, un autre point la remet en doute: elle est souvent considérée comme un matériau écologique et responsable, mais la légitimité de ce qualificatif dépend largement de la source de la cellulose et du procédé d’extraction utilisé. L’organisme GoodOnYou, spécialisé dans la certification responsable d’entreprises et de produits dans le domaine de la mode, en fait un admirable résumé (traduction libre):

« En tant que fibre végétale, la viscose n'est pas intrinsèquement toxique ou polluante. Cependant, en raison de la croissance du « fast-fashion », une grande partie de la viscose actuellement sur le marché est fabriquée à bas coût, en utilisant beaucoup d'énergie, d'eau et des processus à forte intensité chimique qui ont des effets dévastateurs sur les travailleurs, les communautés locales et l'environnement. C'est pourquoi la viscose (y compris celle de bambou) a reçu des notes «D» et «E» pour la durabilité dans le Made-By Environmental Benchmark for Fibers.

Il y a deux principaux domaines de préoccupation en ce qui concerne la production de viscose: la source de la pâte de bois et la façon dont elle est transformée en un tissu utilisable.

La pâte de bois à partir de laquelle la viscose est fabriquée est traitée avec des produits chimiques, puis ensuite filtrée et filée. À moins d’être produite en circuit fermé, la viscose est issue d'un processus hautement polluant qui libère de nombreux produits chimiques toxiques dans l'air et les cours d’eau entourant les usines. Le sulfure de carbone, l'un des produits chimiques utilisés, est un autre ingrédient toxique qui a été associé à des niveaux plus élevés de maladies coronariennes, de malformations congénitales, d'affections cutanées et de cancer, non seulement chez les travailleurs du textile, mais aussi chez ceux qui vivent à proximité des usines de viscose. De plus, la pâte à dissoudre gaspille environ 70% de l’arbre et est un processus de fabrication chimiquement intensif.

En 2017, une enquête a été menée par la Changing Markets Foundation qui a retracé des liens entre des usines de viscose très polluantes en Asie et des marques de mode telles que Zara, H&M et Marks & Spencer. Des inquiétudes ont également été soulevées concernant les effets dévastateurs de la production de pâte de bois sur les forêts ainsi que sur des populations humaines et animales vulnérables.

De plus, la production de viscose contribue à l’épuisement rapide des forêts du monde, qui sont en cours de défrichement pour faire place à des plantations de bois à pâte. On estime qu'environ 30% de la rayonne et de la viscose utilisées dans la mode sont fabriqués à partir de pâte provenant de forêts anciennes et en voie de disparition. Cela conduit non seulement à la destruction de l'habitat - créant une menace importante pour les espèces en voie de disparition - mais implique également souvent des violations des droits de l'homme et l'accaparement des terres des communautés autochtones ».

Made-By environmental benchmark for fibres

Certains projets-pilotes de viscose de haute qualité extraite du recyclage de vêtements post-consommation ont été réalisés, notamment par Tangshan Sanyou (Chine) ou Södra (Suède). D’autres entreprises, comme EcoVero, produisent en Europe de la viscose de sources renouvelables et certifiées. Ces projets, bien qu’intéressants, ne sont toutefois pas nécessairement suffisamment accessibles pour nous actuellement. Il est évidemment risqué de développer un premier produit en intégrant des matériaux expérimentaux ou peu accessibles en vente au détail, développés par des compagnies outre-mer, dans des fuseaux horaires différents… En plus de potentiellement annuler nos gains environnementaux avec des impacts de transport augmentés, de ralentir notre progrès et de limiter nos capacités à être transparents (c’est-à-dire en faisant affaire avec des fournisseurs étrangers dont nous ne connaissons rien des activités).

En résumé, les deux matériaux végétaux explorés jusqu’à maintenant, soit le coton et la viscose, ne remplissaient pas les critères de performance nécessaires pour être intégrés dans nos produits. Il s’agit de deux matériaux hautement hydrophiles, peu isolants et peu respirants une fois humides. De plus, comme il est possible de le constater plus haut, leurs scores environnementaux respectifs sont parmi les plus faibles de tous les textiles mesurés par Made-By. Ils sont même plus faibles que le polyester vierge.

Alors, que reste-t-il?

Sur le tableau plus haut, on observe que les matériaux textiles de catégories A comprennent le chanvre et le lin, qui sont des fibres libériennes, c’est-à-dire tirées et tissées directement à partir de la tige de leur plante d’origine.

Fibres libériennes

Les fibres libériennes désignent toute fibre tirée du liber des végétaux (partie externe de la tige conduisant la sève et nutriments). Les plus connues et développées sont le chanvre et le lin. Encore là, par développé, ce n’est rien de comparable au coton ou au synthétique. Le lin, l’une des première fibres “domestiquées” par l’être humain, a vu son industrie fortement décliner à partir de 1793 jusqu’à devenir pratiquement inexistante aujourd’hui [Source: Oplinger & al., 1997]. Pour ce qui est du chanvre, un matériau extrêmement prometteur, il est toujours stigmatisé aujourd’hui et sujet à de strictes régulations en raison de sa ressemblance avec le cannabis, ce qui limite beaucoup son accessibilité commerciale.

Néanmoins, il existe certains détaillants de textiles intégrant du chanvre, dont quelques-uns au Canada, même s’ils demeurent rares. Ceux que nous avons trouvé au Québec incluent Biofabriq et Montloup, dont les tissus sont soit composés d’une proportion minoritaire de chanvre (30%) et majoritaire de coton, soit tout simplement hors de prix pour une jeune entreprise comme nous (40$ le mètre pour du canevas 100% chanvre chez Biofabriq, comparé à 7$ le mètre pour notre matériau actuel d’extérieur de mitaine). En général, en plus du coût élevé, les fibres libériennes naturelles disponibles au Québec sont offertes en peu de variétés de couleurs et de tissages, ce qui pose aussi problème pour trouver le bon textile pour chaque partie de notre produit. Trouver le textile optimal aux niveaux de la performance, du confort, de la durabilité et de l’apparence est assez crucial pour une très jeune entreprise comme la nôtre, cherchant à faire ses preuves avec un premier produit.

Ailleurs au Canada, nous avons pu trouver quelques choix intéressants, dont des tissus techniques composés de chanvre et de synthétique recyclés chez Kendor. Leur sélection de textiles responsables et durables est la plus vaste que nous ayons trouvé au Canada, et nous comptons définitivement l’explorer pour les prochaines saisons. Toutefois, il était difficile de le faire cette saison-ci en raison de nos délais: Kendor étant situés en Colombie-Britannique, nous nous retrouvions avec le même problème logistique (quoique réduit) qu’avec des entreprises outre-mer, et nous avons décidé d’éviter cela. Nous avons compris dans les premières semaines l’importance d’aller sur place pour sélectionner des textiles; ce n’est qu’au toucher qu’on peut réellement évaluer un matériau et cela est encore plus vrai avec les tissus. Cette pratique est aussi conforme à nos valeurs de transparence et de proximité avec les fournisseurs. Dans un contexte de pandémie, il était toutefois complexe et même assez irresponsable de se déplacer à l’autre bout du pays. Nous avons donc tenté de faire au mieux avec ce qui était disponible au Québec.

Notre choix (pour l’instant): le polyester

Après avoir lu toutes nos réflexions, nos critères et nos défis en lien avec la sélection de nos tissus, il devient un peu plus facile de comprendre notre décision d’aller pour l’instant vers le polyester pour toutes les parties de nos mitaines excepté pour le rembourrage d’asclépiade, évidemment. Le polyester est ubiquitaire et disponible dans une très grande variété de tissages/finitions. Notre extérieur et notre doublure de mitaines sont composés à 100% de polyester et pourtant, leurs propriétés, leurs apparences et leurs touchers sont complètement différents en raison de techniques de tissage et de mise en forme différentes.

Propriétés de la fibre de polyester

Le facteur critique est que l'eau ne peut pas pénétrer dans la fibre de polyester; il est activement repoussé de la surface de sa fibre. Cette répulsion de l'eau encourage les gouttes d’eau à migrer le long de chaque fibre, passant à travers les interstices du tissu jusqu'à ce qu'elle atteigne l'extérieur du tissu où elle peut s'évaporer. Ce mécanisme explique également pourquoi le polyester sèche rapidement. La capacité de déplacer l'humidité signifie que l'eau ne traîne pas, c'est pourquoi les vêtements de sport sont souvent les premiers à sécher après avoir été lavés.

Sources consultées:

Le Devoir | Les textiles synthétiques: un mal nécessaire dans le choix d'un vêtement [Source] (25 septembre 2010)

World Wild Life | Cotton [Source]

Independent UK | The real cost of your clothes: These are the fabrics with the best and worst environmental impact [Source] (19 août 2019)

Bioplastics NEWS | Breakthrough in Viscose Production from Textile Waste [Source] (24 mars 2020)

Good on you | Material Guide: Is Viscose Really Better For The Environment? [Source] (9 mars 2020)

Abaka | L'ABC des tissus écoresponsables [Source] (9 mai 2019)